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FénelonActualitéLA CEREMONIE DU 23 SEPTEMBRE 2006

 

En ce jour l'association RECHERCHE DE FENELON  remet à la ville de Cambrai

un manuscrit autographe de Fénelon :

le discours du sacre de Joseph Clément

La cérémonie  a lieu dans la salle des fêtes de l'Hotel de ville

 

        La conférence du Docteur Marcel HERAUD

 

,

Joseph Clément de Bavière

Electeur du Saint‑Empire, prince‑évêque

(1671‑1723)

 

JOSEPH CLEMENT, né le 5 décembre 1671 est le troisième enfant de Ferdinand Marie, duc de Bavière et d'Henriette de Savoie. Du côté maternel, ce prince est un arrière‑petit‑fils d'Henri IV. En qualité de fils cadet, il trouve le titre de Légat du Pape dans son berceau et reçoit dans son adolescence les duchés de Ratisbonne et de Freisingen. Il est élu en 1688 archevêque de Cologne et devient, de ce fait, électeur du Saint‑Empire.

 

Nommé évêque d'Hildesheim puis prince‑évêque de Liège, il se trouve à 23 ans titulaire ou coadjuteur de 5 archevêchés ou évêchés bien qu'il ne soit pas dans les ordres sacrés. Un tel abus était assez courant à l'époque. Le Pape se voyait contraint de le subir vu la situation des églises d'Allemagne confrontées au luthéranisme.

 

En 1700, Charles, roi d'Espagne, qui n'a pas d'enfants meurt après avoir désigné Philippe d'Anjou, petit‑fils de Louis XIV, pour lui succéder. Cet événement est à l'origine de la guerre de succession d'Espagne qui mène le frère aîné de Joseph Clément, Maximilien, à se battre contre les impériaux aux côtés du roi de France dont il a pris le parti. Après quelques victoires, les revers militaires obligent les deux princes à abandonner leurs états de Bavière pour se réfugier en France. Reçu en grande pompe à Lille le 29 juillet 1704, l'Électeur séjournera à l'Hôtel du Gouvernement situé rue de l’Abbiette, actuelle rue de Tournai.

 

Les gravures représentant Joseph Clément sont rares mais on peut voir au musée des Beaux‑Arts de Valenciennes un tableau représentant le prince, peint par Vivien. Dans ses mémoires, Saint‑Simon nous le décrit "cruellement laid, fort bossu par derrière, un peu par devant, mais pas du tout embarrassé de sa personne ni de son discours". Ses contemporains le jugent bon et généreux. En 1704, Joseph Clément a 33 ans. Il bénéficie jusqu'alors d'une dispense d'âge, mais le droit canon a prévu pour sa consécration l'âge limite de 30 ans. Il a précédemment tenu à Bonn une cour brillante et ses préoccupations sont essentiellement profanes. Il est en pleine crise morale lorsque Rome lui adresse une invitation le pressant de recevoir au plus vite les ordres sacrés. Avant de répondre au Pape Clément II, il s'adresse à Fénelon, archevêque de Cambrai, qui exerce comme directeur spirituel une influence considérable sur le prince et parvient à le convaincre. Après un an de tergiversations, fElecteur se décide à recevoir les ordres.

 

La nuit de Noël 1706, l'ordre de prêtrise lui est conféré par l'évêque de Tournai en l'église Saint­Maurice de Lille qui conserve de cette ordination plusieurs ornements offerts par le prélat et classés monuments historiques. Il s'agit d'une chasuble et d'une dalmatique du XVIIè`r'esiècle décorées de tableaux brodés au fil d'or et représentant la Vierge, l'Enfant‑Jésus et divers saints.

 

Le ler janvier 1707, Joseph Clément célèbre avec magnificence sa première messe en l'église des Jésuites, l'actuelle église Saint‑Étienne dans la rue de l'Hôpital Militaire. Il est ordonné évêque le 1 er mai de la même année en grande pompe, par Fénelon, en la collégiale Saint‑Pierre. Les évêques d'Ypres, de Namur, de Liège et de Cologne assistent à la cérémonie en même temps que son frère Maximilien, entourés des chevaliers de la Toison d'or. Dans son sermon, Fénelon évoque les qualités requises pour un pasteur à l'égard de son troupeau. Les contemporains s'accordent à reconnaître les qualités oratoires de l'illustre prélat dont le discours constitue un chef‑d'oeuvre de l'éloquence chrétienne.

Le prince

de Bavière fait preuve d'une intense activité religieuse durant les deux années qui suivent son ordination épiscopale. Il organise des manifestations grandioses pour fêter les moindres succès militaires et les naissances des fils de sang royal. En une année, il entonne 28 fois le Te Deum ! L'Électeur s'intéresse également aux arts et spécialement au théâtre et à la musique. Il organise desconcours de tir. Il cherche à distraire le plus possible les Lillois qui ont grand besoin de gaîté en une période sombre de leur histoire. 

L'Electeur manifeste une grande ferveur pour l'archange Michel et il crée une confrérie de Saint­Michel pour les agonisants, initiative d'avant‑garde, qui rappelle le souci de nos contemporains pour entourer les malades et accompagner les mourants. Bien entendu, la préoccupation majeure du prélat est d'aider les agonisants à "faire une bonne mort" en s'associant aux prières de la famille.

 

L'ennemi se rapproche de Lille en 1708 et le prince entretient de son mieux le moral de la population. Sur l'insistance de Louis XIV, le maréchal de Boufflers oblige le prince à quitter la ville. Le 2 août, Joseph Clément muni d'un passeport du duc de Malborough part pour Valenciennes. Il est installé au château de Raismes, il se préoccupe de rétablir les fêtes religieuses en remettant à l'honneur la procession en l'honneur de Notre‑Dame du Saint‑Cordon.

 

Après la bataille de Malplaquet, la victoire de Denain remportée en juillet 1712 transporte de joie le prince. Sitôt la paix conclue à Utrecht, en 1713 il regagne Cologne après un exil de 9 ans 9 mois et 9 jours. Il meurt à Bonn en 1723 après avoir demandé que son corps soit inhumé à Lille. En décembre 1723, les Lillois entourés des confrères de Saint‑Michel accompagnent la dépouille du prélat au couvent des Dominicaines de la rue de Tournai ou il est inhumé. Avec la construction de la gare de Lille, les restes du prélat ont définitivement disparu.

 

CONCLUSION

 

L'histoire de Joseph Clément est celle d'un prince que les hasards de la guerre obligent à un exil dans nos provinces de Flandre et du Hainaut. En sa qualité de fils cadet du duc de Bavière, la règle veut qu'il embrasse l'état ecclésiastique. Un personnage tient un rôle essentiel dans l'évolution spirituelle de l'Electeur, il s'agit de FENELON, l'une des intelligences les plus originales de ce XVIIIè` siècle. Une fois converti, le prince évêque de Liège fait preuve d'un grand zèle religieux sans négliger d'organiser des fêtes profanes pour divertir une population en proie aux misères de la guerre.

 

 

La conference de DE LAURENCE SAYDON

 

 

 

A propos du Saint Empire romain germanique

 

et du prince électeur.

 

            L’histoire si vaste s’attachant à l’idée du Saint Empire invite à préciser tout un héritage impérial. IL se limite à une problématique politique et déborde le seul destin de l’Allemagne.

            Le Saint-Empire est une sorte de monstre sacré de la légende des siècles européenne par sa sainteté, par sa romanité très nordique, par l’étrangeté de ses structures, même si à la suite de Voltaire, on peut dire qu’il n’était « ni saint, ni romain, ni empire »

            Huit siècles et demi de durée

            En effet, le 2 février 962 à la Basilique St Pierre de Rome, le souverain allemand Othon 1er est couronné empereur par le Pape. L’histoire fait de cet événement l’acte constitutif du Saint Empire. A l’époque, Othon est l’héritier d’une tradition impériale, successeur de Charlemagne. Mais l’important est de considérer que ce empire chrétien est uni dans une seule église et sous une seule Loi.   

            Néanmoins, Othon destitue le pontife Jean XII qui l’avait couronné et subordonne l’élection du pape à l’aval de l’empereur.            Dès l’origine, les pays allemands représentent la majeure partie du Saint-Empire constitués de grands duchés.

            Et l’empereur est censé être élu par l’acclamation du peuple, il l’est en fait par la voix des Grands, dans le cadre des duchés éthniques, c’est à dire à des princes électeurs. A l’élection de 1257, le collège électoral comprend trois princes électeurs ecclésiastiques (les archevêques de Mayence, Trèves et Cologne) et quatre laïques (le roi de Bohème, le Palatin du Rhin, le Duc de Saxe (Wittenberg) et le Margrave de Brandebourg, soit sept princes électeurs. C’est aussi à cette même époque (1254) qu’on rencontre la formule Saint empire romain.

            L’empire assume en liaison avec l’Eglise un rôle sacerdotal et une communauté politique. Un poète de l’époque chante l’harmonie des deux glaives :

            «  Réjouis-toi, Pape ; réjouis-toi, César, que l’église exulte d’allégresse, que la joie soit grande à Rome, que se réjouisse le Palais impérial, que l’un prospère par l’épée, que l’autre fasse résonner sa parole ».

            Mais ces deux pouvoirs vont s’entre déchirer et ruiner leur idéal commun d’unité chrétienne.

 Le duel constitue un drame en trois actes où l’église, face à l’empire, passe de l’asservissement à l’émancipation religieuse, puis à l’attaque politique.

            Pendant ces siècles, la France, a par exemple, fait du démantèlement du Saint Empire, un de ses objectifs privilégiés.

            1635, la guerre s’ouvre officiellement entre Louis XIII et Ferdinand II pour un conflit qui va durer 13 ans et qui va être très atroce. L’Allemagne perd en 30 ans (1618 – 1648 = la guerre de 30 ans) 40% de sa population et le Saint – Empire s’affaiblit => indépendance de la Suisse en 1648 au traité de Westphalie, Metz, Toul, Verdun à la France, plus une partie de l’Alsace.

            Le Calvinisme s’ajoute au Catholicisme et au Luthéranisme comme 3ème religion légale de l’Empire, alors qu’on connaît l’opposition irréductible entre Catholicisme et Protestantisme.

                         Le collège électoral s’élargit à huit membres avec la Bavière. Louis XIV se présentera à l’élection impériale de 1658 mais il est très vite découragé du côté Allemand. C’est Léopold 1er qui est élu.

            On va glisser vers le terme de Saint Empire germanique et d’empereurs allemands.

            Mais Louis XIV poursuit son extension territoriale : 1 grande partie de l’Artois, la Flandre Lilloise, des fragments du Hainaut et du Luxembourg. L’Empire reste muet. Louis XIV se permet donc de frapper plus à l’Est.

            Alors, l’empire finit par déclarer les hostilités à la France. De 1672 à 1678,c’est la guerre de Hollande ; Louis XIV envoie Duquesne et Turenne au front. On aboutit à la paix de Nimègue ; la France obtient le reste de l’Artois, Cambrai, Valenciennes, Maubeuge et toute la Franche Comté (1678).

            Louis XIV ne recourt même plus aux armes pour (réunir) à la France, tel Sarrebruck, Deux Ponts, Montbéliard, Strasbourg. La guerre semble inévitable, mais l’Empereur est pris à revers par la menace turque et conclut avec le Roi Soleil la trêve de  Ratisbonne (1684). En 1692, Léopold 1er crée un 9ème électorat pour les besoins de sa politique en faveur du Duc de Hanovre, Ernst Auguste, un protestant c’est 15 ans après cette période que Fénelon va écrire le discours qui nous concerne aujourd’hui.

On en arrive en 1766 à dire que le gouvernement de l’empire romain appartient aux Empereurs allemands et non celui de l’Allemagne aux Empereurs romains.

            Les tensions deviennent terribles, dues aux diverses coalitions. Enfin, face à l’empire napoléonien le 18 mai 1804, l’Empereur réplique par l’empire d’Autriche dont le nom fait pour la 1ère fois son apparition dans l’histoire, mais conservant le titre impérial à la cour de Vienne.

            Le 12 juillet 1806, 16 des princes allemands surtout les rois d’Allemagne du sud se groupent sous le protectorat de la France en une confédération du Rhin.

            Peu après, Napoléon enjoint à François II par ultimatum de déposer la couronne impériale, ce qu’il fait le 6 août 1806. Fin de ce long empire.

           

Revenons au contexte de notre manuscrit :

Le 1er novembre 1700 meurt à Madrid, Charles II, roi d’Espagne, posant le problème de sa succession. La succession d’Espagne est la grande affaire politique de la fin du XVIIème siècle.

Le roi mourant Charles II est le gendre de Louis XIV et laisse par testament son royaume ainsi que les riches territoires d’outre mer au second petit fils de Louis XIV, le Duc d’Anjou.

            Louis XIV pouvait être tenté de démembrer la monarchie d’Espagne et d’agrandir le royaume de quelques provinces. Il avait d’ailleurs négocié avec l’Angleterre et la Hollande un traité secret de partage en 1700 qui était plus profitable pour la France.

            Louis XIV accepte néanmoins cet héritage pour ne pas être encerclé par la maison d’Autriche. En effet, si la France refuse, l’héritage irait à son cousin l’archiduc Charles, fils cadet de l’empereur Léopold 1°. On voit que la décision de Louis XIV dépend un nouvel équilibre  européen ou un nouveau conflit armé.

 Ainsi le Duc d’Anjou, second petit fils de Louis XIV, monte sur le trône d’Espagne sous le nom de Philippe V, fondant ainsi la branche espagnole de la maison de Bourbon qui règne encore aujourd’hui à Madrid.

 

            Hormis l’empereur, la plupart des états européens reconnaissent le nouveau roi.

Cependant, par des mesures maladroites (maintien des droits de Philippe V à la couronne de France, des octrois aux commerçants français dans l’Amérique Espagnole, Louis XIV se conduit comme s’il était lui même roi d’Espagne), Louis XIV provoque la formation d’une coalition européenne => grande alliance de la Haye (Angleterre Hollande et l’Empire) contre la France qui déclare la guerre à la France le 15 mai 1702.

 Louis XIV ne dispose que de l’alliance de l’Espagne et de celles des électeurs de Bavière c’est à dire, Maximilien Emmanuel et son frère Joseph Clément de Bavière, électeur de Cologne, et aussi évêque de Liège.

Le 5 mai 1705, l’Empereur  Léopold meurt et son fils Joseph 1° lui succède. Il est plus intéressé par l’Allemagne et il met au ban de l’Empire les deux électeurs alliés de Louis XIV.

Nous sommes en plein conflit, citons 1709 la bataille de Malplaquet

            La France va sortir épuisée de cette guerre qui dure 13 ans (1701-1714), après une série de traités et les tentatives d’hégémonie européenne de Louis XIV sont brisées définitivement.

           

           

  

La conférence de Bénedicte TEROUANNE

 

Les conditions d'acquisition

et la présentation du document

 

 

Le 9 septembre 2003, Monsieur Thierry Bodin, libraire parisien spécialisé‑dans la vente des documents autographes, nous adressait un courrier indiquant que l'on venait de lui confier à vendre un manuscrit exceptionnel de Fénelon.

 

Connaissant la qualité et l'intérêt du fonds Fénelon de la Bibliothèque de Cambrai, il avait souhaité nous en réserver la primeur, malgré un prix qu'il reconnaissait élevé mais qui se justifiait en raison de la rareté et du caractère très précieux de ce document unique.

 

Les photographies de quelques pages du manuscrit, jointes au courrier, nous ont immédiatement convaincus de l'importance de cette pièce : il s'agissait d'un ouvrage d'une soixantaine de pages, entièrement de la main de Fénelon. Nous avions affaire au discours qu'il prononça en la collégiale Saint­Pierre de Lille, le 1‑ mai 1707, pour l'ordination épiscopale de joseph‑Clément de Bavière, Electeur de Cologne. Ce manuscrit de travail comporte ratures et corrections également de la main de l'auteur.

 

On remarquera sur le premier feuillet une mention manuscrite de l'abbé Jean‑Sifrein Maury (1746‑1817), futur archevêque de Paris de 1810 à 1814, attestant l'authenticité du document : «Discours prononcé en 1707, dans la métropole de Cambrai par Franfois de Salignac de la Motte Fénelon Archevêque de Cambrai, le jour qu.il sacra l'électeur de Cologne. Je certifie que le discours original est écrit de la propre main de son illustre auteur, tel qu'il est imprimé dans la collection de ses oeuvres »

 

Le manuscrit qui nous était proposé avait été utilisé par Gosselin pour son édition des Oeuvres de Fénelon au début du XIXème siècle. Beaucoup plus récemment, en 1997, Jacques Le Brun, Directeur d'études à l'EPHE, éditeur des OEuvres de Fénelon dans la collection La Pléiade, (Gallimard, tome II, p. 946 sq) avait dû reprendre le texte de Gosselin, faute d'avoir pu vérifier le manuscrit original`. En effet, on avait perdu la trace de ce dernier après son passage en vente publique en 1936 (collection Gabriel Thomas, 28 mars 1936, n° 389).

 

Le voici qui réapparaissait et qui était proposé dans un parfait état de conservation magnifiquement habillé de maroquin rouge à grain long dans une reliure romantique réalisée plus tardivement par le grand relieur Simier au XIXème siècle, le tout protégé par un étui.

 Dès lors, conscients des obstacles à franchir, car la somme demandée était conséquente, et après une première tentative infructueuse, nous avons réussi, 3 ans après, à réunir les fonds nécessaires à son acquisition grâce à de nombreux concours : la Ville de Cambrai, le Ministère de la Culture, flë~ssociation Recherche de Fénelon, et l'importante contribution de Cambrésiens soucieux de ne pas laisser partir dans des mains privées et donc retomber dans l'oubli et l'anonymat un document qui avait tout naturellement sa place dans notre fonds fénelonien. Nous leurs en sommes extrêmement reconnaissants.

 

Ce manuscrit précieux par son apparence l'est plus encore par son contenu, Jacques Le Brun écrit dans sa

présentation qu'«entre les écrits jcédagoâiques et les Aventures de Télémaque dune part, et les Plans de gouvernement

d'autre part, le sermon de 107 constitue un jalon important».

 

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Il va rejoindre un fonds qui s'est enrichi progressivement, grâce à des collectionneurs et historiens érudits comme Ernest Delloye ou plus récemment René Faille qui a, notamment, généreusement confié à la Médiathèque une collection inestimable concernant Fénelon et ses écrits, grâce aussi à la Ville de Cambrai qui a accepté l'acquisition d'une trentaine de documents autographes, essentiellement des lettres, ce qui nous permet de compter actuellement 69 pièces manuscrites de Fénelon auxquelles il faut ajouter plus de 500 ouvrages de ou sur Fénelon.

 

(') Signalons que la Bibliothèque nationale de France conserve une copie du discours avec les corrections autographes de Fénelon (Ms. fr. 15262). Quant à la première édition, elle a été publiée en 1720, 5 ans après la mort de Fenelon

 

La conférence de Michel DUSSART

 

 

DU ROLE POLITIQQUE ET RELIGIEUX DU PRINCE EVEQUE

 

D’emblée, l’archevêque de Cambrai, comme en une ouverture musicale, donne la thématique essentielle de son discours en s’impliquant lui même et en la proposant à Joseph Clément de Bavière, ce prince qu’il va consacrer évêque.

« Etant libre à l’égard de tous, je me suis fait esclave de tous pour en gagner un plus grand nombre » Paul aux corinthiens 9,19.

Fénelon est alors âgé de 55 ans. Il reste à l’exilé de Cambrai neuf ans à vivre.. peut être pourrait il encore se relever de sa disgrâce ?  Il se sent missionné, il ose une fois encore dire au jeunes prince ce qu’il pense de sa vocation épiscopale à travers ce qu’il vit dans la sienne propre.

 

« Daignez donc écouter ce que je ne crains pas de vous dire. D’un coté l’Eglise n’a aucun besoin du secours des princes parce que les promesses  de son époux tout puisant lui suffisent : d’un autre coté les princes qui deviennent pasteurs peuvent être très utiles à l’Eglise, pourvu qu’ils s’humilient, qu’ils se dévouent au travail et qu’on voit reluire en eux toutes les vertus pastorales ».

Dans ce discours converge ses conceptions des rapports entre l’Eglise et les puissances séculières, reprise évidente de ses écrits pédagogiques dont les Aventures de Télémaque et les plans de gouvernement : jalon important pour une approche nouvelle de l’indépendance de l’Eglise. D’une certaine manière on pourrait discerner une amorce de ce qui s’élaborera deux siècles plus tard dans la séparation de l’Eglise et de l’Etat.

En des termes d’une rare audace, Fénelon déclare :

 

« O hommes faibles et impuissants qu’on nomme les rois et les princes du monde, vous n’avez qu’une force empruntée pour peu de temps. »

L’Eglise, elle n’aura pas de fin, les royaumes terrestres tombent les uns après les autres. l’Eglise  subsiste depuis 2000 ans, elle se vit comme un mystère.

«  L’Eglise seule, malgré les tempêtes du dehors et les scandales du dedans demeure immortelle. »

 

Fénelon, haut dignitaire de l’Eglise, comme d’autres prélats a souffert des relations difficiles entre Louis XIV et la papauté, dans l’affaire de la régale, la nomination des évêques par le roi, le contrôle des écrits épiscopaux, des recours à Rome et les manifestations du gallicanisme. En des termes qu’on ne peut encore imaginer pour l’époque se pose la question de l’infaillibilité de l’Eglise ; mais peut on la concevoir sur un plan politique alors que le pape exerce encore une autorité temporelle ?  L’infaillibilité dogmatique du Pape en matière de foi est encore loin d’être formulé.. 

Dans son discours, l’archevêque de Cambrai précise ensuite les conditions requises pour qu’un prince évêque soit un bon pasteur :

« Se dévouer au ministère en esprit d’humilité, de patience et de prière.. »

L’évêque, successeur des Apôtres doit prendre comme modèle de divin Maître « Je suis venu non pour être servi mais pour servir les autres » – Mat 20-28. L’évêque doit accepter aussi de donner sa vie.

« Souvenez-vous que la dignité temporelle ne vous est donnée que pour la spirituelle »

Le pasteur  doit être proche de son troupeau, il faut qu’on le voit vivre dans la simplicité qu’il fasse découvrir son cœur de père … il doit descendre de sa grandeur.

« Voulez vous être le père des petits ? Soyez petit vous même, rapetissez-vous pour vous proportionner à eux. »

Six fois, Fénelon recommande au prince de « descendre »jusqu’à la dernière brebis du troupeau.

L’évêque appartient au corps épiscopal, il doit se sentir le confrère des autres évêques quelque soit leur titre ; Quant aux prêtres ses coadjuteurs .. « recevez leurs conseils, profitez de leur expérience. »

Une autre qualité recommandée ; c’est la patience dans l’écoute pour la recherche de la vérité.

« Plus les affaires sont importantes, plus il faut les peser en se confiant à un conseil bien choisi »… « le vrai pasteur est doux, il est rigoureux, il menace, il encourage, il espère, il craint, il corrige, il console.. » il se fait tout à tous pour les gagner tous »

Aussi convient-il qu’il montre de la compréhension et n’agit que par la persuasion et Fénelon de déclarer : « Nulle puissance humaine ne peut forcer le retranchement impénétrable de la liberté de conscience »

Thème qui trouvera son aboutissement dans la déclaration du Concile Vatican II sur la liberté de conscience. Pour remplir cette mission quasi impossible, l’évêque sera un homme de prière « que l’oraison soit la source de vos lumières dans le travail »

Enfin de compte, Fénelon ne tracerait-il pas le profil de l’évêque, vrai pasteur qu’il essaye lui même d’être à Cambrai. Il suffit d’approfondir l’essentiel de sa vie et de son épiscopat pour en découvrir l’exemplarité

23.09 06